AXEL, LE « RIGGER » DE NOTRE DAME

29 juin 2020

Histoires et anecdotes

Notre-Dame-de-Paris 01

Axel, est rigger, c’est-à-dire, cordiste, filiste, accrocheur et il se trouve actuellement à trente mètres de hauteur. Il vérifie la solidité d’un moise (tube de fer d’un échafaudage) avec son marteau qui est relié par une cordelette à sa ceinture et, content de la résistance, s’y appuie pour hisser du sol une petite poutrelle envoyée par un de ses collègues, très loin en-dessous. Il travaille à quelques mètres de l’enchevêtrement inextricable qu’est l’échafaudage géant de trois cents tonnes. Quarante mille tubes, tordus, pliés, noircis par l’incendie ravageur de la cathédrale un an plus tôt et qu’il faut démonter au plus vite !
Ils sont en train de construire un ascenseur de chantier, qu’on appelle un « lift » dans le bâtiment. L’engin culminera à cinquante mètres de hauteur et servira à élever compagnons et matériel du coté sud, pendant la reconstruction de Notre Dame, tout comme un autre, monté du coté nord. Pour l’instant, tout est à défaire et tout est à faire !
Notre jeune cordiste est parfaitement équipé : casque de protection avec visière, vêtements renforcés, chaussures renforcées avec bout en acier et semelles antidérapantes, harnais anti-chute auquel sont attachées deux longes anti-chute, elles-mêmes reliées à des tubes de l’échafaudage, et une troisième, dite « de confort », elle aussi fixée à un autre tube. Le tout est très maniable et lui permet de faire des gestes délicats, parfois difficiles, et de se lâcher des deux mains. Au fur et à mesure de sa progression, Axel détache et remet ses cordes ailleurs. Travail fastidieux, périlleux, fatigant !
Le filiste, qui a embauché à 7h30 du matin, travaille avec un collègue. Ils s’arrêteront à 18h. En attendant, tous deux s’accordent une petite pause. Ils observent leurs collègues, compagnons ou cordistes, qui s’affairent sur la toiture et l’échafaudage du bâtiment. Ils sont une trentaine.
De chaque coté de la nef, surplombant le toit, à quarante mètres de hauteur, deux nacelles sont suspendues au bout d’un grand mat et portent chacune trois responsables, des patrons d’Europe Echafaudages et de Jarnias, entreprises spécialisées, chargées du démantèlement de la partie détruite et aussi de la construction d’un autre échafaudage qui servira pour les travaux futurs. Ils communiquent par radio avec leurs employés qui travaillent en-dessous d’eux, notamment ceux qui sont chargés d’enlever les parties brûlées. Ceux-ci coupent les moises à l’aide de scies électriques et les mettent dans le grand panier en fer que l’immense grue de quatre-vingt mètres de haut (la plus haute d’Europe) a laissé filer à leur portée. C’est un travail dangereux, car on ne connait pas la résistance exacte de ce gigantesque échafaudage calciné. Pour parer à toute éventualité, l’ouvrage brûlé est enserré par des poutrelles métalliques neuves, conçues et mises en place par les ingénieurs.
De nombreux compagnons continuent ce travail de déblaiement, de soutènement et d’expertise ! Parce qu’ils sont encore exposés aux vapeurs de plomb, ceux-ci portent un masque. Mais pas les cordistes !
La pause terminée, nos deux filistes ont repris le travail. Ils sont extrêmement attentifs à leurs gestes, aux tubes qu’ils empoignent, aux cordes qu’il ne faut surtout pas emmêler ! Ils sont souvent en position instable et doivent mettre en pratique les heures de formation qui les ont amenées à recevoir, il y a un an, leur « habilitation au travail en hauteur ».

Autrefois, Axel travaillait dans une entreprise d’événementiel : préparation de salons, d’expositions, de tribunes sportives, mais très vite, il s’est intéressé au travail en hauteur. Jamais auparavant il n’avait pratiqué l’alpinisme. Ce qui l’a poussé à présenter sa demande, c’est l’originalité et l’intérêt professionnel du chantier de la cathédrale et aussi l’aspect financier en découlant.

Vers midi, pause déjeuner en hauteur ! Tout en déjeunant, notre jeune cordiste laisse son regard plonger dans le trou béant du monument ravagé. Il voit très bien le grand orgue, endommagé lui aussi, en cours de démontage pour restauration. C’est également une opération périlleuse ! De son perchoir, Axel aperçoit quelques statues restées intactes, mais le reste de l’intérieur de l’édifice lui est caché par les travaux. A l’extérieur, il a une vue panoramique sur Paris, du Bois de Boulogne au Père Lachaise. La ville blonde, ses toits gris, se détachent sur ces deux espaces verts.
Axel reprend son travail. Parfois, pour raisons de sécurité qu’il ne s’explique pas toujours, il sera arrêté dans son activité ! Et puis, ça repart ! Plus tard, il remisera ses affaires dans son casier personnel et prendra une bonne douche ! Demain, comme toutes les semaines, il sait qu’il y aura une réunion « sécurité ».

Axel est heureux et fier d’exercer ce travail, d’être un maillon de la grande chaîne qui reconstruit, pour nous tous, Notre-Dame de Paris.

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